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LA CROIX DE BERNY



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Sinopse

Extrait : La Croix de Berny fut, on s’en souvient, un brillant tournoi littéraire, où tour à tour madame de Girardin, Méry, Théophile Gautier et Jules Sandeau rompirent des lances comme des preux. Nous croyons répondre à un vœu général en enrichissant la Bibliothèque nouvelle de cette œuvre unique en son genre, qui a pris sa date, et qui restera comme une des plus curieuses pages de l’histoire littéraire de ce temps. Il ne nous appartient pas, on le comprend, de désigner le vainqueur de la joute. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de soulever discrètement le voile pseudonyme qui cache chacun des champions : Les lettres signées : sont de : Irène de Châteaudun… Mme de Girardin. Edgard de Meilhan… MM. Théophile Gautier. Raymond de Villiers…  Jules Sandeau. Roger de Monbert…  Méry. C’est-à-dire quatre des plus brillants et des plus justement célèbres parmi les auteurs contemporains. Vous êtes une grande prophétesse, ma chère Valentine ; tout ce que vous avez prédit est arrivé : grâce à mon caractère incorrigible, me voici déjà dans la position la plus insupportablement fausse qu’un esprit raisonnable et un cœur romanesque aient jamais pu combiner. J’ai toujours été sincère avec vous, d’abord par nature et puis aussi par instinct ; il est si difficile de vous tromper, et je vous ai vue tant de fois ramener d’un seul regard dans le droit chemin de la franchise des confidences effarouchées qu’un peu de honte et d’orgueil commençaient à faire dévier. Je vous dirai donc toutes mes misères ; vos conseils peuvent encore me sauver. Vous comprendrez peut-être que je ne suis pas trop ridicule d’être si malheureuse d’un événement que tout le monde regarde comme un bonheur. Entraînée par ma faiblesse, ou plutôt par ma raison fatale, je me suis engagée… Oh ! mon Dieu ! c’est donc vrai que je suis engagée… à épouser le prince de Monbert. Si vous connaissiez ce jeune homme, vous ririez de ma tristesse et des airs désolés que je prends pour vous annoncer cette nouvelle. M. de Monbert est, de tous les jeunes gens de Paris, le plus spirituel, le plus aimable ; il est noble, dévoué, généreux ; il est charmant, et je l’aime ; lui seul me plaît ; je m’ennuie à mourir tous les jours où je ne le vois pas. Quand il est là, tout m’amuse ; je passe des heures entières à l’écouter ; je n’ai foi qu’en ses jugements ; je reconnais avec orgueil sa supériorité incontestable, je l’honore, je l’admire, et… je le répète, je l’aime… et cependant la promesse que j’ai faite de lui donner ma vie m’épouvante, et depuis un mois je n’ai qu’une pensée, c’est de retarder ce mariage que j’ai souhaité, c’est de fuir cet homme que j’ai choisi !… Et je m’inquiète… j’interroge mon cœur, mes souvenirs, mes rêves, je me demande la cause de cette inconcevable contradiction… je ne trouve, pour expliquer tant de craintes, que des niaiseries de pensionnaire, des enfantillages de poëte, dont une imagination allemande ne voudrait même pas, et que vous ne me pardonnerez que par pitié ; car vous m’aimez et vous me plaindrez de souffrir, bien que mes souffrances soient une folie.   Le croirez-vous, ma chère Valentine, je suis aujourd’hui plus à plaindre que je ne l’ai jamais été dans mes jours de misère et d’abandon. Moi, qui ai bravé avec tant de courage ce qu’on appelle les coups de l’adversité, je me sens faible et tremblante sous le poids d’une fortune trop belle. Cette destinée heureuse, dont je suis responsable, m’alarme bien plus aujourd’hui que ne m’alarmait il y a un an le sort malheureux qu’il me fallait subir malgré moi. Les ennuis de la pauvreté ont cela de bon qu’ils rendent le champ de notre pensée très-aride et qu’ils empêchent nos tourments indigènes de germer en nous. Quand on a subi les tortures de sa propre imagination, quand on s’est vu aux prises avec les violences, les angoisses, les intempéries de son propre caractère livré à lui-même, on regarde presque avec indulgence les chagrins qui viennent du dehors, et l’on finit par apprécier les soucis de la pauvreté comme des distractions salutaires aux inquiétudes maladives d’une intelligence désœuvrée. Oh ! je suis de bonne foi en disant cela ; je ne fais pas de la philosophie d’opéra-comique ; je n’ai point ce fier dédain des faiseurs de romances pour la fortune importune ; je ne regrette ni mon gentil bateau, ni ma chaumine au bord de l’eau ; je ne regrette pas aujourd’hui, dans ce beau salon de l’hôtel de Langeac où je vous écris, ma triste mansarde du Marais, où je travaillais nuit et jour du plus insipide travail ; parodie coupable des arts les plus nobles et qu’on doit toujours saintement respecter ; littérature de confiseur, peinture de vitrier, labeur sans dignité qui rend la patience et le courage ridicules ; plaisanterie amère qu’on fait en pleurant, jeu cruel qu’on joue pour vivre en maudissant la vie… Non, ce n’est pas cela que je regrette, mais la quiétude ou plutôt la paresse d’esprit où me laissait ce vulgaire travail. Alors point de résolutions à prendre, point de caractères à étudier, et surtout point de responsabilité à supporter, rien à choisir, rien à changer ; il n’y avait qu’à suivre aveuglément chaque matin le chemin monotone que la nécessité avait tracé fatalement la veille ;

Detalhes do Produto

    • Ano de Edição: 2016
    • Ano:  2016
    • País de Produção: Canada
    • Código de Barras:  2001033763762
    • ISBN:  1230001299366

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