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LA PETITE DORRIT, ANNOTE TOME I



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Sinopse

Extrait : Il y a une trentaine d’années, Marseille était un jour en train de rissoler au soleil. Dans le midi de la France, un soleil flamboyant par un jour caniculaire du mois d’août n’était pas alors un phénomène plus rare qu’il ne l’a été avant ou depuis, à pareille époque. Tout ce qui existait à Marseille ou aux environs de Marseille avait été ébloui par le ciel embrasé et l’avait ébloui à son tour, tant et si bien que cette manie de s’éblouir réciproquement était devenue universelle. Les voyageurs étaient éblouis par l’éclat des maisons blanches, des murs blancs, des rues blanches, par l’éclat des routes arides et des collines dont la verdure avait été brûlée. Les vignes étaient la seule chose dont l’éclat ne fût pas tout à fait insupportable. Penchées sous le poids du raisin, elles daignaient parfois cligner de l’œil, afin de ne pas vous causer un éblouissement continu lorsque la chaude atmosphère agitait presque imperceptiblement leur feuillage languissant. Il n’y avait pas assez de vent pour former une seule ride soit sur l’eau fétide du port, soit sur la mer imposante qu’on apercevait au-delà. La ligne de démarcation entre les deux couleurs (bleue et noire) indiquait la limite que l’océan immaculé ne voulait pas dépasser ; mais l’océan demeurait aussi immobile que l’abominable marais auquel il ne mêlait jamais ses flots. Des canots que ne protégeait aucune tente étaient trop brûlants pour qu’on pût les toucher ; la chaleur faisait des cloches sur la peinture des vaisseaux amarrés dans le port ; depuis des mois entiers, les dalles des quais ne s’étaient refroidies ni le jour ni la nuit. Indiens, Russes, Chinois, Espagnols, Portugais, Anglais, Français, Génois, Napolitains, Vénitiens, Grecs, Turcs, descendants de tous les entrepreneurs de la tour de Babel, que le commerce attirait à Marseille, recherchaient également l’ombre, acceptant n’importe quelle cachette, pourvu qu’elle leur servît d’abri contre l’éclat d’une mer d’un bleu trop ardent pour qu’on pût la regarder, et d’un ciel pourpre où étincelait enchâsser un vaste joyau de feu. Cet éblouissement universel faisait mal aux yeux. Vers la ligne lointaine des côtes d’Italie, cet éclat, il est vrai, se trouvait tempéré par de légers nuages de brouillard que formait lentement l’évaporation de la mer ; mais il ne s’adoucissait nulle part ailleurs. Au loin, les routes embrasées sous une épaisse couche de poussière vous éblouissaient du fond des vallées, du versant des collines, de chaque point de la plaine interminable. Au loin, les vignes poudreuses qui retombaient en guirlandes autour des chaumières qui bordaient les chemins, et les avenues monotones d’arbres desséchés qui ne donnaient pas d’ombre, languissaient sous l’éclat brûlant de la terre et du ciel. Il en était de même des chevaux aux grelots endormants, attelés à de longues files de voitures, se traînant lentement vers l’intérieur ; il en était de même pour leurs conducteurs à demi couchés, lorsqu’ils se tenaient éveillés, ce qui leur arrivait rarement ; il en était de même pour les laboureurs épuisés de chaleur qui se traînaient péniblement au milieu des champs. Tout ce qui vivait, tout ce qui poussait, semblait accablé par l’ardent éclat du jour, excepté le lézard, qui passait en courant le long des murs crevassés, ou la cigale, qui faisait entendre un chant sec et criard comme le son d’une crécelle. La poussière elle-même était tellement rôtie qu’elle en était brune, et on voyait trembloter l’atmosphère comme si l’air aussi était haletant. Persiennes, volets, rideaux, stores sont tous baissés ou tirés, afin de tenir à distance l’éblouissante clarté. Laissez-lui seulement une crevasse ou un trou de serrure, et vous la verrez darder à travers comme un dard chauffé à blanc. Les églises sont les endroits où elle pénètre le moins. Si vous sortez du crépuscule formé par les colonnes et les arcades, parsemé, comme dans une scène fantastique, de lampes clignotantes, peuplé aussi, comme un rêve, de vilaines ombres de vieillards qui sommeillent, crachent et mendient pieusement, vous vous plongez dans une rivière de feu, et il ne vous reste plus qu’à sauver vos jours en gagnant à la nage l’ombre la plus voisine. Or, Marseille, avec ses habitants qui flânaient et s’allongeaient partout où il y avait de l’ombre, Marseille, où les langues avaient cessé de bourdonner comme les chiens d’aboyer, mais que troublaient parfois le tintamarre discordant des cloches d’église et le roulement impitoyable du tambour, Marseille, on le sentait rien qu’à l’odeur du brûlé, était donc en train de rissoler au soleil. À cette époque, il existait dans la ville une prison abominable. Dans une des salles de cette prison, si repoussante que le soleil importun ne la regardait même pas en face, l’abandonnant à quelque clarté de rebut, à quelque lueur réfléchie, ramassée Dieu sait où, se trouvaient deux hommes. Auprès des deux hommes il y avait un banc déchiqueté et défiguré, fixé au mur, et sur lequel on avait grossièrement découpé un damier à coups de couteau, avec un jeu de dames formé de vieux boutons et d’os qui avaient servi à faire la soupe ; un jeu de dominos, deux paillassons et deux ou trois bouteilles. C’est là tout ce que renfermait la salle, sauf cependant les rats et d’autres vermines invisibles, sauf aussi la vermine visible, c’est-à-dire les deux hommes en question. Le peu de jour qu’elle recevait lui arrivait à travers une grille de fer, représentant une assez grande croisée, qui permettait d’inspecter à toute heure la prison, sans quitter les marches du sombre escalier sur lequel elle donnait. Il y avait une large saillie à cette grille, à l’endroit où l’extrémité inférieure des barreaux était scellée dans la maçonnerie, à trois ou quatre pieds au-dessus du sol. Sur cette saillie reposait l’un de ces deux hommes, à moitié assis et à moitié couché, les genoux ramassés, les pieds et les épaules plantés contre les parois opposées de la fenêtre. Il y avait assez d’espace entre les barreaux pour lui permettre d’y passer les bras jusqu’au coude, et il se retenait négligemment à la grille, pour plus de commodité.

Detalhes do Produto

    • Ano de Edição: 2016
    • Ano:  2016
    • País de Produção: Canada
    • Código de Barras:  2001047469728
    • ISBN:  1230001329056

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