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LE GRAND SILENCE BLANC



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Sinopse

Extrait : L’homme entra. Il s’installa confortablement dans un fauteuil, posa son feutre à côté de lui, sur le tapis, croisa les jambes l’une sur l’autre et dit : — Monsieur. Il prononça : Mon Sieur, à la manière anglaise, puis il ajouta : — Je suis Français. Je lui présentai quelques paroles de bienvenue, mais il m’arrêta d’un geste brusque de la main. — C’est moi qui vous remercie, vous êtes un homme très occupé et je vous dérange. Je sais, je sais. Je vous prendrai aussi peu de minutes. La littérature, qu’elle soit de France, d’Angleterre ou d’un autre pays, se vend pareillement à la moutarde, au cirage ou aux harengs du capitaine Cook. On met des affiches, on roule le tambour, et l’on crie, la main en porte-voix : « Holà ! vous qui passez, lisez le roman de Monsieur Chose. Monsieur Chose est un homme célèbre. Sa dernière production atteint cent éditions de mille exemplaires. » Selon le public, on dit encore : « Le roman de Monsieur Chose est le meilleur des romans, les vieilles filles, les curés de campagne, les membres de la Y. M. C. A peuvent le lire », ou bien : « Ce roman-ci, les vieilles filles, les curés de campagne, les membres de la Y. M. C. A ne peuvent pas le lire. » Dans les deux cas on achète, les uns pour avoir une littérature « saine, morale, ad usum pucellarum », les autres parce qu’ils s’attendent à trouver des situations graveleuses et des descriptions croustillantes. Vous me pardonnerez, Mon Sieur, les ancêtres, je veux dire ceux qui sont arrivés, ont loué tous les panneaux-réclames, tous les emplacements en vue ; les jeunes ont le bas de la muraille que les autobus éclaboussent de crotte et que compissent souventes fois les chiens, errants malgré les décrets de police. Je risquai : — Je ne vois pas… Énergique, l’homme me coupa la parole : — Si, Mon Sieur, vous voyez et je suis venu parce que vous voyez et que vous savez faire une place sur le panneau aux camarades qui tirent la langue. Vous me plaisez. Il y a dix minutes, je ne vous connaissais pas, mais l’idée que j’avais dressée dans mon cerveau était telle que je vous aperçois. Excusez, Mon Sieur, je ne sais plus parler le français… Je veux dire, vous êtes la représentation du type que je m’étais créé sur votre nom. Ça ne vous arrive pas, à vous, Mon Sieur, de mettre des… comme dites-vous ?… des physionomies sur des noms ? Et sans attendre ma réponse, il poursuivait : — Vos livres me plaisent. Vous ne posez pas à l’artiste, vous êtes un bourgeois qui n’avez pas honte de votre bourgeoisie, all right ! et vous la dépeignez comme elle est. Vous auriez pu, tout comme un autre, atteindre le « fort tirage » par des procédés outranciers, vous n’avez pas voulu. Les académies vous font sourire, vous ne monopolisez pas la vertu, vous ne jouez pas de l’adultère, c’est bien. Vous êtes secourable aux apprentis des lettres, cela est mieux. Je sais… je sais… Ne prenez pas votre air colonel, malgré votre masque froid, derrière vos bésicles, votre œil pétille. Malice ? non, bonté. C’est pourquoi je suis là. Et comme pour prouver sa présence, l’homme se cala dans le fauteuil, changea ses jambes de place, puis il continua : — Qui je suis ? Freddy. Parbleu, oui, j’ai un autre nom, comme tout le monde, mais qu’importe ? J’ai trente-six ans depuis… (il regarda son bracelet-montre)… depuis deux heures trente-cinq minutes. Mais trente-six ans bien employés… Il resta un moment silencieux, comme poursuivant un rêve. J’en profitai pour le dévisager à mon aise. La lampe éclairait en plein sa figure. Trente-six ans, pas possible ! je lui en aurais donné vingt-huit ou trente, tout au plus. Mais, en examinant bien, le visage est osseux, les joues creuses, ces rides qui guillochent les tempes… ce pli amer qui tire la bouche… cet être-là a souffert… Seules les lèvres sont jeunes, d’un rouge vif, plus rouge et plus vif de la pâleur des joues… Le front en pleine lumière découvre une intelligence éveillée et les yeux brillent d’un feu sombre, dans la cavité des paupières. Mais l’homme a repris son discours. — Je ne suis pas venu ici pour faire une confession. Je ne fouillerai pas avec le crochet de Jean-Jacques les épaves de ma jeunesse.

Detalhes do Produto

    • Ano de Edição: 2016
    • Ano:  2016
    • País de Produção: Canada
    • Código de Barras:  2001030276791
    • ISBN:  1230001232301

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