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L’EMPEREUR SOULOUQUE



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Sinopse

Présentation de l’éditeur : Ce livre comporte une table des matières dynamique, a été relue et corrigé. Il est parfaitement mis en page pour une lecture sur liseuse électronique. Extrait : Le sujet que j’aborde m’attire et m’embarrasse tout à la fois. J’ai à parler d’un pays qui a des journaux et des sorciers, un tiers-parti et des fétiches, et où des adorateurs de couleuvres proclament tour à tour, depuis quarante ans, « en présence de l’Être suprême, » des constitutions démocratiques et des monarques « par la grace de Dieu. » Ce que j’ai à raconter de ce pays et surtout du chef qui le gouverne laisse encore bien loin et ce qu’on en sait et ce qu’on en pourrait imaginer ; mais, dans cette tragi-comédie qui aura pour dénoûment, après tout, la condamnation ou la réhabilitation finale d’un quart de l’espèce humaine, n’y a-t-il donc qu’un intérêt de curiosité à poursuivre ? Ici commencent mes hésitations. Le monde noir dont nous allons déchirer le rideau offre en effet, dans le même incident et souvent dans le même homme, une telle confusion de contrastes ; la civilisation et le Congo, le touchant et l’atroce, le grotesque et le sang humain s’y mêlent, s’y pénètrent, s’y coudoient avec une telle brutalité d’invraisemblance et d’imprévu, qu’en restant scrupuleusement véridique, je risque d’autoriser à la fois les préventions les plus opposées. Que ceci soit donc bien entendu d’avance : les sentimens qui me guideront dans ce récit, la conclusion qui va ressortir de son ensemble, s’éloignent également de l’excès d’optimisme et de l’excès de négation. Je n’admets pas, par exemple, avec quelques négrophiles maladroits, que l’angle facial soit la mesure des devoirs humains et qu’un nez épaté excuse certaines abominations ; mais, bien loin de conclure aussi de ces abominations l’infériorité originelle de la race noire, j’y vois la preuve de sa liberté morale, c’est-à-dire de sa perfectibilité. Si elle peut descendre jusqu’à l’extrême perversité, c’est qu’elle peut atteindre à l’extrême vertu, et nous la retrouverons, en effet, à ces deux degrés de l’échelle. Je ne nie pas non plus que l’aptitude civilisatrice des noirs n’ait guère dépassé jusqu’à présent certain instinct d’imitation ; mais toute civilisation n’est pas nécessairement spontanée. Pour neuf peuples européens sur dix, qu’est-ce, après tout, que le progrès ? L’imitation intelligente. Qu’elle ne soit pas toujours intelligente ici, que cette France aux cheveux crépus offre en ses accoutrements d’emprunt plus d’une incohérence burlesque ou sauvage, cela prouve à la rigueur une chose : c’est qu’on ne va pas en un jour de la rivière de Gambie aux bords de la Seine [1]. L’essentiel, c’est que cette faculté d’imitation ne soit pas limitée : pour les peuples, pour les races, pour les espèces, on ne reconnaît infailliblement la perfectibilité qu’à ce signe, et ici l’expérience est encore faite. Parmi les quelques Haïtiens qui, avant ou depuis l’émancipation, ont été appelés à vivre dans notre milieu intellectuel, parmi ceux-là même qui n’en ont reçu que le rayonnement lointain, il s’est produit des talens qui feraient honneur à tous les pays. Haïti a beau être, depuis bientôt trois ans, en pleine réaction de barbarie africaine, il répugne d’admettre que tant d’encourageants symptômes ne soient qu’une dérision du hasard, et que ces appelés de la dernière heure n’aient été poussés, pendant près d’un demi-siècle, par le souffle de la civilisation, que pour aller misérablement échouer sur la Côte-d’Ivoire. Tel qu’il va nous apparaître d’ailleurs, l’empire de Soulouque ne vaut ni mieux ni moins en somme que mainte république du continent voisin. Si la civilisation espagnole s’oublie, quoi d’étonnant que parfois la barbarie cafre se souvienne ? Toute différence de passé mise à part, Haïti aurait même une excuse que ces républiques n’ont pas, car il recélait d’avance dans son sein deux élémens de lutte : une minorité à demi blanche, que ses penchants et son éducation mettaient au niveau des idées françaises, et une majorité noire, pour qui le despotisme était à la fois une aspiration instinctive et une transition nécessaire. Chaque élément tour à tour a eu peine à s’acclimater dans l’atmosphère politique de l’autre ; de là un malaise perpétuel, et parfois aussi la fièvre et le délire. Si la crise est aujourd’hui plus violente que jamais, tant mieux peut-être ; il n’y a que celles-là de décisives, et de nombreuses chances sont ici du côté du salut. Soulouque, en qui se sont accidentellement résumées toutes les réminiscences de la sauvagerie originaire, semble en effet conduit, moitié par la force des choses, moitié par ses propres instincts, à constituer sur ses véritables bases ce rudiment de nationalité. Ces réserves faites, je me crois parfaitement à couvert de toute accusation d’engouement ou d’hostilité systématique. — Aujourd’hui d’ailleurs que le fond même du débat est radicalement tranché par l’émancipation, quel intérêt y aurait-il à rester partial ? Je prendrai donc les hommes et les faits tels qu’ils se présentent, en laissant chacun d’eux produire sa propre conclusion, et sans m’inquiéter de savoir s’ils donnent raison à la bienveillance, au rire ou à l’horreur.

Detalhes do Produto

    • Ano de Edição: 2017
    • Ano:  2017
    • País de Produção: Canada
    • Código de Barras:  2001086572328
    • ISBN:  1230001575224

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