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UN ROI TOUT NU



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Sinopse

Par toutes les fenêtres, on vit, ce matin-là, un ciel de satin bleu tendu sur la ville. Lorsque Sentilhes tira les stores de sa verrière, il reçut le soleil en plein visage et une bouffée d’air parfumé fit flamber sa joie. – Vraiment, dit-il à mi-voix se parlant à lui-même, une matinée comme celle-ci… oui, vraiment… Il lui arrivait souvent de commencer une phrase sans pouvoir la faire aboutir à une idée. Pendant quelques instants, il prononça d’un ton contenu des paroles vagues et enthousiastes. De minute en minute, la vie gagnait le quartier. Des volets s’ouvraient avec fracas. Une femme apparaissait, les cheveux relevés d’un tourne main. Camisole large ou kimono flottant, elle paraissait charmante au premier flot de soleil qui lui faisait cligner les yeux. Quand elle se penchait au dehors, l’appui de la fenêtre marquait la forme d’un sein. – Lumière, murmura Sentilhes, amusé déjà par ce qu’il allait dire, que de miracles nous te devons !… Nos voisines, ce matin, ont toutes l’air d’être jolies… Celui qui les a vues de près connaît la part que cette beauté doit au jeu, hélas… trop changeant… des reflets et des ombres. Il se mit à rire avec bruit. En même temps, il répéta mentalement toute la phrase, vérifiant si elle ne contenait rien d’essentiel qui fût digne d’être retenu. – Un beau temps pour se promener, madame Dorange… – Pas toute seule ! – Voilà bien les amoureux ! Cela partait d’un troisième étage. On voyait une plantureuse ménagère menacer du doigt une soubrette qui, se renversant pour rire, découvrait largement épanoui son cou doré. – La belle enfant ! Un garçon boucher passait rapide sur sa bicyclette, en laissant flotter derrière lui un pan de son tablier. Sentilhes le suivit des yeux avec affection : – Quelle silhouette ! Quelle élégance ! Il avait une sensibilité que tout ébranlait, un cœur où les répercussions du dehors trouvaient toujours quelque résonateur pour les amplifier. Son imagination facile s’emparait du moindre fait et s’ingéniait à équilibrer des constructions savantes sur des pointes d’aiguilles. Cette aptitude aux abstractions hâtives avait fait de Sentilhes le peintre préféré des femmes. Elles trouvaient en lui le cerveau complaisant, prompt à éterniser le geste étudié au miroir, à rêver de bonne foi sur le mystère qu’elles font errer dans leurs sourires. Rien n’exprimait assez son ravissement à l’égard de celles qui posaient devant lui. Il les admirait longuement et une suite ininterrompue d’exclamations extasiées accompagnait la marche de son pinceau. – Ah ! disait-il, voyez si elle est jolie !… Ce rose qui descend sur le front… Ah !… Et ces épaules ? Ne dirait-on pas deux cygnes ?… deux cygnes sur l’eau ? Il n’avait pas quarante ans ; on l’appelait le beau Carlos. Quand il parlait aux femmes, c’était avec un penchement de tête, une caresse aux yeux. Sa bouche leur disait « oui », leur disait « non » de l’accent des passions contenues et ses grandes mains, pareilles à des nids, s’incurvaient, prêtes à recevoir un tour de cou, un manchon ou un pied frileux. – Mon cher maître, est-ce que je suis bien aujourd’hui ? Il souriait, riait, enflait la voix, l’assourdissait, tendait les bras, caressait à distance : – Oui, vous êtes bien… oui, vous êtes belle… – Et si j’ôtais ma fourrure, cela vous gênerait-il pour peindre les cheveux ? – Non, ma chère amie, non, ma douce amie, ôtez votre fourrure… On verra votre cou… et ce sera délicieux ! Le soir, il songeait aux charmants visages dont il s’était empli les yeux, aux bavardages exquis dont bourdonnaient ses oreilles, et il goûtait cette halte en attendant un nouveau départ. Car tour à tour captivé au sourire de madame de Sonnailles, aux fossettes spirituelles de mademoiselle Nonan, à l’ongle lustré de la générale du Ronzay, il avait le sentiment de voyager depuis dix ans, sur la pointe des pieds, la tête perdue dans un nuage rose. Il aimait pourtant à s’asseoir et à réfléchir. Il était sensible à l’attrait d’un fauteuil où les reins sont à l’aise. Peu à peu les jambes se détendent et la pensée se dégage. À cette minute on est toujours au bord d’une vérité. Sentilhes la dissipait dès qu’il cherchait à la saisir, parce qu’il apportait dans ses méditations l’enflure de sa parole. Un moineau s’était posé sur la barre du balcon tout proche. Le peintre le considérait avec tendresse. Mais il ne savait pas jouir de ses émotions en silence. Spontanément, il les ramenait à des formes oratoires. – Oiseau coquet, dit-il, comme tu penches spirituellement la tête… comme ton œil rond est sympathique ! Il souriait au volatile qui jugea prudent de s’écarter et qui, par bonds successifs, gagna l’autre extrémité du balcon. Madame Sentilhes était entrée dans l’atelier. Elle vint s’appuyer sur son mari. – Qu’est-ce que tu fais, Carlos ? Il répondit : – Je regarde un moineau… Pftt… Il s’est envolé… Heureux… heureux… toi qui peux ainsi, d’un coup d’aile, te perdre dans l’azur ! Puis il se retourna vers la jeune femme. – Une journée comme celle-ci, dit-il… vraiment… c’est une chose… oui… vraiment !…

Detalhes do Produto

    • Ano de Edição: 2017
    • Ano:  2017
    • País de Produção: Brazil
    • Código de Barras:  2001092930822
    • ISBN:  1230001623178

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